A pleurer, la veille de la rentrée

* Encore des suppressions de postes. A l'école primaire cette fois et ce serait pour l'année prochaine. Selon des infos du SNES (repris par le SNIUPP ici), la majorité des 13 500 postes supprimés en 2009 serait prélevée dans le primaire, à hauteur de 6 000 postes. Il s'agirait de supprimer des profs remplaçants et des postes de stagiaires par la diminution des postes mis aux concours. Dans le secondaire, 3 000 postes de remplaçants seraient supprimés. Arbitrage définitif le 24 septembre.


* Les statuts sont détournés petit à petit. Ils n'auront même pas besoin d'être réformés. Voici publiée au BO (ici) la circulaire qui fixe que les assistants d'éducation pourront être recrutés pour participer aux activités artistiques, en plus de l'aide aux devoirs. Certaines tâches restent réservées aux assistants dotés d'un diplôme bac +2.
Alors pourquoi encore recruter des certifiés d'art plastique et de musique à bac + 5 désormais ?


* Professionnalisme. On accuse les profs de ne pas toujours se dire professionnels de l'Educ. Il y a pire. Voyez cette vidéo (si vous ne l'avez pas déjà vu sur la toile) qui montre combien au gouvernement aussi on manque de professionnalisme. Le type qui parle est Gilles Carrez, député UMP du Val-de-Marne et rapporteur général du budget, et il parle de la politique financière du gouvernement. Le tout filmé début juillet par un autre député UMP (Alain Lambert). Sans parodier Siné, ça chie dans la colle et les pétunia à droite...
Et avec ça on va nous faire croire que le budget qui va se discuter bientôt est sérieux ?



* Enfin, qui a dit : "Si on me cherche, en s'asseyant sur les accords signés par les partenaires sociaux, alors on me trouvera pour protester !" ?

La couleur doit vous donner une indication...


C'est bien ce révolutionnaire de Chérèque (CFDT) dans un entretien au JDD (voir ce qu'en dit
Le Monde là). Mais rassurez-vous, il rajoute de suite : "si on me cherche pour négocier afin de réduire les inégalités et améliorer le dialogue social, je serai toujours disponible. Donc, pour l'avenir, pas question d'une opposition systématique"

Ouf, on a eu peur un instant d'avoir un conflit social à la rentrée. En cette année d'élections professionnelles ce serait prendre un bien grand risque...
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New age scolaire

* Darcos dans le texte. L'original est là. Extraits non rapportés par la presse du discours du 28 :

"Le propre de cette école « nouvelle génération », c'est de
repenser en profondeur le rôle de chacun des acteurs de la communauté éducative. (...)
Cette école « nouvelle génération », vous le voyez,
elle ne s'est pas bâtie sur des théories complexes de ce qu'il convient de faire ou de ne pas faire, ni sur les lois prétendument universelles de ce que serait ou ne serait pas un enfant. Elle part de la réalité de ce qu'est notre société et notre école d'aujourd'hui. Elle s'attache à briser, méthodiquement, toutes les digues qui refoulent inlassablement les rêves des enfants et les ambitions des parents. Et si je parle d'efficacité, c'est parce que le premier devoir de la République à l'égard de ceux qui lui confient leurs espoirs, c'est de leur permettre de les réaliser à la force de leur travail. Le vrai ennemi de l'école n'est pas l'ignorance : c'est le déterminisme qui désespère jusqu'à l'idée de progrès.
(...)
Peut-on franchement admettre qu'en 2008, des lycéens de terminale quasiment majeurs aient quasiment le même type de journées que des collégiens de sixième qui sont presque encore des enfants ? Comprend-on qu'à quelques mois de devenir étudiants, on les traite encore en écoliers, alors même qu'on prétend les préparer au baccalauréat qui est le premier grade universitaire ? Les lycéens eux-mêmes le disent : notre lycée est resté napoléonien dans les contraintes qu'il impose aux élèves, mais il a cessé de l'être dans sa relation particulière à l'Université.
Vous connaissez les principes de la réforme du lycée :
plus d'autonomie et de responsabilité pour les élèves, moins de rigidité dans l'organisation des cursus, plus de spécialisation pour ceux qui le souhaitent. Les chefs d'établissement, les syndicats d'enseignants et les organisations lycéennes ont déjà marqué leur accord sur ces points généraux, dont le détail reste naturellement à discuter au cours des prochains mois.

* Allègre chargé par Sarkozy des Assises européennes de l'innovation. Même à droite tout fiche le camp.
AFP
"Nicolas Sarkozy, président du Conseil européen, a confié à l'ancien ministre socialiste de l'Education nationale Claude Allègre le soin d'organiser les Assises européennes de l'innovation, à l'automne, a-t-on appris jeudi auprès de l'Elysée.
Le site internet leparisien.fr avait auparavant annoncé cette mission, précisant que Claude Allègre devait prendre ses fonctions à partir du 1er septembre.
Dans une lettre datée du 23 juillet et rendue publique jeudi,
le président Sarkozy écrit à M. Allègre que son "objectif" est de "faire en sorte que l'économie de la connaissance devienne (...) un moteur de développement de l'Europe".
Il charge l'ancien ministre PS de "faire des propositions concrètes pour mettre en place cette nouvelle stratégie" et "d'organiser à cet effet les Assises européennes de l'innovation à l'automne 2008".
Selon M. Sarkozy, il s'agit ainsi de "concrétiser et d'amplifier l'Agenda de Lisbonne", un programme décidé en 2000 et destiné à faire de l'Union européenne "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010".
M. Allègre, qui a tenu des propos élogieux sur le chef de l'Etat, a souvent été cité comme un possible ministre d'"ouverture" de M. Sarkozy."

"L'économie de la connaissance", c'est donc ça :



Et si c'est Sarko qui le dit...


* (Dé)Valorisation des enseignants.
Vous avez peut-être reçu la nouvelle lettre flash de l'EN si vous êtes prof. Dans celle-ci sont indiquées les futures mesures de revalorisation des salaires. Les voici :


Valoriser le métier d’enseignant
Une prime de début de carrière de 1 500 euros est instaurée à la rentrée 2008 pour les nouveaux enseignants titulaires. C'est la première étape de la valorisation de la situation des jeunes enseignants qui se poursuivra d'une manière encore plus substantielle dans le cadre de la réforme du recrutement des enseignants (mastérisation). Pour améliorer le pouvoir d’achat, tout enseignant du second degré qui choisira de faire trois heures supplémentaires année (H.S.A.) recevra une prime complémentaire de 500 euros. Autres mesures importantes pour cette année 2008 : • taux identique des heures supplémentaires effectives (H.S.E.) pour les certifiés, les C.P.E. et les documentalistes ; • augmentation des ratios de promotion à la hors classe pour les enseignants chevronnés ; • augmentation de 200 euros à 600 euros de l’indemnité de sujétion spéciale (I.S.S.) des directeurs d’école ; • avancées indemnitaires prévues pour les enseignants de lycée professionnel ; • mesures indemnitaires pour les personnels administratifs. Par ailleurs, des négociations sont en cours pour améliorer les perspectives des corps d’inspection du premier et du second degrés.

C'est curieux, prof banal et moyen comme la majorité des profs, je ne suis dans aucune de ces catégories...

* Le SE-Unsa en colère (oulala, ça va faire mal).
AFP
"Le SE-Unsa a estimé jeudi que la rentrée scolaire 2008 s'annonçait "sous de sombres augures", avec les réformes mises en place par le gouvernement dans l'Education, lors de sa conférence de presse de rentrée.
"La grande nouveauté, dans le premier degré, c'est la suppression du samedi matin et ses conséquences. Nous craignons d'assister, dans les semaines qui viennent à une espèce de grand bazar", a déclaré Luc Bérille, secrétaire général du syndicat (2e syndicat dans les écoles primaires).
Xavier Darcos porte l'entière responsabilité de ce grand flou artistique", a-t-il dit.
Sur le fond, "placer l'aide aux élèves en difficulté hors du temps scolaire, en alourdissant la journée, ne sera pas plus productif au plan pédagogique", a-t-il estimé.
Revenant sur le budget 2007, une fois exécuté, le SE-Unsa a dénoncé un "hold-up" sur les postes en primaire. Selon lui, les 400 créations d'emplois prévues pour l'année scolaire 2007-2008 se sont transformées en réalité par une suppression de 1.659 emplois (le plafond d'emplois prévu au budget n'étant pas été totalement utilisé)."

L'entière responsabilité de la situation revient aussi tout de même aux syndicats qui n'ont pas été fichus de se mettre d'accord pour empêcher ladite situation.

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Encore une catastrophe le 11 septembre ?

Ca promet cette "année des enseignants" (Darcos). Ca promet parce que les syndicats sont passés à l'attaque (mais de quoi ? c'est bien la question). Voir plus bas.

Et il y a des raisons :

* La réforme des lycées permettrait d'économiser 17000 postes. C'est le résultat d'un audit publié lundi par AEF et repris par Le Figaro :
(extrait du Figaro de mardi)

"Avant de s'attaquer ultérieurement aux classes de première, de terminale et donc au contenu du baccalauréat en 2012, le ministère travaille à une nouvelle maquette de la classe de seconde. Inaugurée à la rentrée 2009, cette classe aura un véritable rôle d'orientation, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, selon le ministre. «Un protocole d'accord a été signé avec les syndicats. Nous avançons», a rappelé le ministre. La situation risque de se tendre avec ces derniers. Lundi, un rapport d'audit, révélé par l'agence AEF, annonçait que la réforme du lycée devrait permettre d'«économiser» de 16 000 à 17 000 postes d'enseignant sur trois ans."

*Le FN et l'Opus Dei à l'origine des réformes scolaires ? C'est ce que pensent deux chercheurs, Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi dans un livre Main basse sur l'école publique.

Plus d'info sur leur site.




Donc, la mobilisation s'organise ? Voici comment :

* Le bidule du 11 (AFP)

"Une large intersyndicale de l'Education réunie mardi soir a appelé à une "journée nationale d'action" le 11 septembre "sans appel national à la grève" mais avec "des possibilités de grèves locales" pour dénoncer les suppressions de postes, a-t-on appris auprès de plusieurs participants.
"Nous nous sommes mis d'accord sur une première journée d'action le 11 septembre, sous des formes diversifiées", a déclaré à l'AFP
Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU (première fédération de l'Education), à l'issue d'une réunion entre les fédérations de l'Education.
"
Il n'y a pas d'appel à la grève au niveau national, mais il y pourra y avoir possibilités de grèves locales", a confirmé à l'AFP Patrick Gonthier, son homologue pour l'Unsa-Education.
L'objectif est de "dénoncer les conséquences des 11.200 suppressions de postes du budget 2008 et les 13.500 annoncées au budget 2009", a-t-il ajouté.
L'action pourra prendre la forme de "rassemblements en milieu ou fin de journée devant les rectorats, devant les préfectures, de distribution de tracts" ou de "grèves au niveau de certains établissements, voire au niveau départemental", selon les syndicats.
"Il s'agit de fédérer les initiatives locales", a déclaré
Thierry Cadart, au Sgen-CFDT.
L'intersyndicale rassemblait la
FSU, l'Unsa-Education, le Sgen-CFDT, la FAEN, la CGT, FO, et Solidaires. Elle représente au moins 90% des personnels enseignants et non-enseignants.
Par ailleurs,
cette intersyndicale souhaite "construire un mouvement d'ampleur qui pèse sur les orientations budgétaires. Nous devons nous revoir mercredi et le jeudi 4 septembre pour voir quelles autres décisions nous sommes susceptibles de prendre", a ajouté M. Aschieri.
"
Nous n'excluons rien: ça peut être le recours à la grève (comme le propose la FSU), et/ou une manifestation un dimanche (comme le propose l'Unsa-Education pour octobre)", a-t-il ajouté."

Il semblerait par ailleurs, que l'UNSA ne veut pas de grève en septembre (on s'étonne ?) et que FO ne veut pas d'action unitaire avant octobre. Pour une fois, le FSU serait en pointe. Je dis bien serai, car il est tout de même fort intéressant de voir ce qu'elle porte (voir plus bas)


* Un second bidule en octobre : une manif
AFP, toujours

"Plusieurs organisations de l'Education se sont mises d'accord mercredi sur le principe d'une manifestation nationale pour l'école en octobre ou novembre et sur une campagne auprès de l'opinion sur la place de l'école dans la société, a-t-on appris de sources syndicales.
Des syndicats enseignants, les organisations lycéennes, le syndicat étudiant Unef, la fédération de parents d'élèves FCPE et des associations pédagogiques réunies mercredi soir se sont accordés sur le principe d'une manifestation nationale pendant l'examen parlementaire du budget 2009, selon ces sources.
C'est-à-dire "avant ou après la Toussaint", selon le secrétaire général de la fédération syndicale FSU Gérard Aschieri, "en octobre ou novembre", selon le secrétaire général du syndicat SE-Unsa Luc Bérille.
La manifestation sera l'un des éléments d'une "campagne en direction de l'opinion, pas seulement sur les questions budgétaires mais sur la place de l'école dans la société", a déclaré M. Aschieri.
Face aux 11.200 suppressions de postes dans l'Education à la rentrée 2008, aux 13.500 annoncées pour 2009 et aux craintes que ce rythme continue les deux années suivantes, les organisations ressentent "la nécessité d'interpeller l'opinion" sur ce qui est selon eux "une marginalisation de l'éducation", a dit de son côté M. Bérille.
Les mêmes organisations se réuniront à nouveau mercredi prochain pour rédiger un texte commun d'appel, fixer une date de la manifestation et préparer le contenu de la campagne."

Manifestation (un dimanche ?), et toujours pas de grève qui pourrait permettre de lancer un mouvement. Faudrait pas non plus...

* Manifester pour quoi faire ? Bien, ce n'est pas très clair tout cela. Commençons par la FSU qui a publié hier sur son site ses axes. On y lit pour le lycée par exemple les choses suivantes :

"
L’entrée au lycée vient après neuf années d’une scolarité obligatoire assez uniforme en terme de contenus, d’attentes et d’exigences, construisant un ensemble de connaissances communes. Une diversité se construit au lycée par la mise en place des trois voies de formation:
- diversité des choix de disciplines dominantes et des options facultatives ;
- diversité des approches pédagogiques selon les voies ;
- diversité des activités proposées;
- diversité des programmes disciplinaires selon les voies de formation."

"La classe de seconde générale et technologique
, classe de tous les espoirs et de tous les dangers est la plus mal traitée en ce qui concerne les effectifs qui restent les plus lourds du second degré. Son architecture doit être repensée pour en faire vraiment une classe de détermination et de préparation au cycle «première-terminale ». Cela nécessite que :

- le temps soit donné pour une meilleure appropriation des disciplines qui y sont poursuivies, et une place importante accordée aux enseignements nouveaux et aux
pratiques construisant une meilleure autonomie, en tenant compte de la diversité des élèves qui y accèdent

- les dispositifs d’accompagnement soient repensés en évitant que le traitement de la difficulté scolaire ne soit renvoyé à l’extérieur du cours

- Dans ce cadre, la piste de la modularisation de certains enseignements et activités peut être suivie, à certaines conditions. L’interdisciplinarité, le travail sur les compétences documentaires doivent être intégrés au temps scolaire, au cœur des programmes et non renvoyé à la périphérie du cours dans des « modules » plus ou moins obligatoires ou mis en concurrence avec des modules d’aide ou de soutien. "

Ce ne serait pas une autre façon de répéter ce que dit Darcos sur la nouvelle classe de seconde ?

* Mais la (vraie) résistance s'organise.
Un site de coordination et d'information à aller explorer : Retrait des mesures Darcos .


*Enfin les rats quittent le navire d'une étrange façon. Philippe Meirieu nommé directeur de la télévision Cap Canal pour "en faire une chaîne éducative nationale" (info AEF)

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Break de vacances

Retour sur terre pendant quelques minutes si vous le voulez bien et en attendant la suite des hostilités.

* Lycée en réforme. Sur les indications d'un de nos lecteurs, une première analyse de la future réforme modulaire du lycée sur cette page là (Motocsin).

* Lutte ? Il faudra attendre fin août et le 3 septembre, pour que les syndicats se rencontrent, expriment leur désaccord entre eux, refusent de s'unir, lancent des temps forts, signent des protocoles de discussion (pour certains), déplorent la faible mobilisation, hurlent au loup (les mêmes feront les deux dernières propositions) ... et j'en passe.

AFP - "
Six fédérations syndicales de fonctionnaires (CGT, CFDT, FSU, FO, Unsa, Solidaires) ont convenu de se retrouver à la rentrée, le 3 septembre, pour préparer une action dans la Fonction publique, notamment pour les salaires, a indiqué jeudi un responsable syndical.
"Nous avons décidé de nous revoir le 3 septembre pour envisager une ou des actions dans la Fonction publique sur la question des salaires mais aussi sur la révision générale des politiques publiques (RGPP), les suppressions de postes, la mobilité", a déclaré à l'AFP Gérard Aschieri (FSU) qui a participé mercredi soir à une réunion intersyndicale.
"Reste à savoir si on arrive à faire quelque chose d'unitaire", a-t-il ajouté, précisant qu'une réunion intersyndicale se tiendrait également dans l'Education la dernière semaine d'août."

Que va-t-il en ressortir ? Certains parlent déjà d'organiser une demi-journée massive de mobilisation en octobre.
Il semblerait que certaines centrales aient peur en organisant un plus grand mouvement que
le gouvernement n'en profite pour liquider les permanents (souvenez-vous le discours sur les enseignants syndicalistes qui ne sont pas devant leurs élèves revient régulièrement et il est justement ressorti en juin dernier...)

* Durable? Pour certains au moins. Sans doute vous ne le savez pas si vous n'êtes pas prof d'histoire-géo, mais l'idéologie dominante des nouveaux programmes de géo de collège est le développement durable. Rien ne peut plus se faire sans ce concept qui désormais organise l'appareil idéologique d'état. S. Brunel replace un peu tout le monde à sa place dans son dernier bouquin : À QUI PROFITE LE DÉVELOPPEMENT DURABLE ?
Voyez plutôt cet entretien donné à Agoravox.


Bon, il faut tout de même savoir que
ladite Brunel a fait une bonne partie de sa carrière universitaire grâce à ce concept sur lequel elle a écrit plusieurs bouquins et articles. Elle est la propagandiste même du développement durable. Disons qu'elle sait se renouveller sans rien changer. Voici comment assurer un discours (et une place) durable en quelque sorte...
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