Peillon et les statuts : la tactique du piolet

Peillon et les statuts : la tactique du piolet

Faut-il croire que la méthode inaugurée par Claude Allègre pour réformer l’EN soit désormais abandonnée ? Peillon en quelques mois serait-il passé du bulldozer au piolet ?


Si Peillon veut se vanter aujourd’hui d’un accord historique avec la quasi totalité des syndicats sur la réforme des statuts, c’est assurément que la réforme en question n’apporte pas grand chose de neuf. Au plus grand regret de certains, d’ailleurs, qui voudraient que cela aille beaucoup plus loin dans la destructuration générale (comprendre autonomisation à outrance, et pilotage local, …).

On ne peut pas dire que la réforme du calcul de l’heure de chaire soit un enjeu majeur (car largement redistribué) et que, plus largement, ce qui est écrit dans les « nouveaux » statuts soit vraiment nouveau, car en grande partie déjà présent dans les anciens. D’où l’atonie générale des syndicats. Voire l’embarras des plus radicaux. Certains veulent encore se battre sur la définition de certains mots (« les missions complémentaires », les indemnités en lieu et place d’heures supplémentaires…) mais en fait rien de bien bouleversant, car autant de situations qui existaient avec une autre codification cependant.

Les réformistes peuvent crier à la victoire ayant sauvé l’EN de l’annualisation totale (en disant avoir obtenu des promesses gouvernementales, pour faire semblant d’avoir veillé au grain), et Peillon de bien savoir que ceux qui ne voteront pas ladite réforme (CTM du 24 mars) adopteront avant tout une posture syndicale (voire électoraliste en cette année décisive), posture qui s’accommodera au final très bien de cette nouvelle situation qui en plus alimentera leur fond de commerce.


Cependant il s’agit bien d’une victoire ministérielle. Pourquoi ?


Tout d’abord, il n’y a vraiment qu’une chose de neuf dans cette réforme, et qui passe presque inaperçue, c’est l’introduction d’un pilotage local qui place sous le regard des conseils d’administration une partie de la rémunération des enseignants. C’est sûr cela ne va pas loin (enfin 1200 € par an tout de même), mais c’est une totale nouveauté que des représentants de parents d’élèves, d’élèves et des enseignants aient un droit de regard sur le revenu d’autres enseignants.

Si ça passe dans le corps enseignant, si c’est accepté sans broncher,
cela ouvre la porte à un pas supplémentaire (et souhaité par certains syndicats qui syndiquent aussi les chefs d’établissements), à savoir le recrutement local des profs, la fin des concours et accessoirement du fonctionnariat (objectif ultime des réformes libérales), le tout sous couvert de progrès.

Ensuite, sur la méthode, Peillon arrive à faire passer un recul pour une avancée. Ça, faut le faire. On n’ets certes pas obligé d’y croire.
Mais, il est vrai,
tant que les enseignants seront d’abord occupés par la traque des heures supplémentaires et leur petit confort personnel et individuel, il a de quoi être rassuré le ministre. Vraiment il les connaît bien.
Voilà effacée toute une conscience de groupe, sinon de classe, qui depuis les années 70 (au moins) avait son poids. Il est arrivé finalement à faire aboutir des discussions sur des sujets en attente depuis plusieurs décennies. Mieux, il a réussi à prendre à revers les syndicats qui jusque là étaient sur une position de défense et de refus. Tous ont participé aux tables rondes, tous (sans exception, et continuent même), y ont fait des propositions, et de par leur présence tous ont cautionné.

Par des propositions minimalistes (« équilibrées en jargon politique)
, voilà donc le ministre qui fait sauter cette position de refus, noyant au passage les velléités revendicatives des derniers syndicats rétifs (et autres organisations pros, noyées elles depuis bien plus longtemps, y compris celles de prépa, assez sonores il y a peu pourtant).

Sur une position défensive face aux avalanches successives de réformes, les représentations syndicales en ont oublié depuis longtemps les bases de leur lutte : imposer au taulier des exigences, des revendications, bref exiger des avancées sociales dans une posture dynamique. Au mieux le syndicalisme enseignant depuis 20 ans en était réduit à négocier le recul social. Rassurons-nous désormais, il n’en sera même plus question… Et voilà Peillon qui les fait sortir de l’impasse, à leurs dépens...

Cette fois — bravo Vincent Peillon — c’est
sous couvert de progrès, de nouveauté, d’innovation (bien cachée..) que tout le monde s’accorde pour revoir les statuts de 1950, statuts qui ne sont pas pour autant parfaits (loin de là). Plus personne n’a vraiment une idée claire de ce qu’il veut...

Enfin si, certains le savent bien : ceux qui sont au gouvernement (ou y ont leurs entrées) depuis Peillon (et/ou qui l’étaient déjà avant d’ailleurs — le SGEN et l’UNSA), et qui connaissent très bien eux les exigences et les enjeux d’un système scolaire libéral et décomplexé. Mais tellement mÔderne...

Ainsi par petits coups de piolet successifs, le ministre et ses successeurs ont désormais la voie grande tracée de la réforme. Peillon et les statuts : une victoire pleine de promesses... et de défaites à venir...
Comments

Souvenirs, souvenirs...

* Quand Vincent Peillon annonçait qu'il fallait «revaloriser le métier d'enseignant de 50%»

En vidéo en plus !
autour de 6 ‘ 50.

Et autres foutaises... Et au passage un « immense Claude Allègre », déjà collector... (vers 4 ‘ 10).




* Quand Nadine Morano vantait les études de genre...

En vidéo toujours !


Quand Nadine Morano vantait les études de genre... par LeHuffPost


* Des recteurs épinglés au mur des comptes...

Le Grand Canard...

Cette année sur le mur des comptes...
Comme chaque année la Cour des comptes flingue des administrations, collectivités locales et des ministres... qui s'en remettent assez vite.

Extraits du palmarès :
chancellerie des facschancellerie des facs2

* Censure d'un spectacle scolaire antisexiste à Tours.

Source et aussi Le Monde. Un spectacle sur la condition des femmes annulé suite à des pressions exercées auprès du rectorat.
Et avec un principal qui couvre bien son DASEN.
Si c’est pas beau la loyauté...
Comments

JO de la connerie : qui a la plus grosse ?

* Fermetures de collèges : de plus en plus.

C’est la crise, nous dit-on. Un peu court comme argument, mais de plus en plus de CG l’utilisent pour entamer, sur le dos des conditions d’apprentissage (et des élèves, surtout), les procédures de fermeture d’établissements scolaires.

Darcos l’avait promis, il y a quelques années devant le Sénat (
souvenez-vous) : « Les établissements qui perdront des élèves auront leurs moyens maintenus mais s’il le faut, des fermetures d’établissement pourront être envisagées à terme. »

La droite comme la gauche l’appliquent aujourd’hui :

- A Tours, fermeture d’un collège par le CG (PS) d’Indre-et-Loire. Celui-ci en a au moins 5 dans le collimateur, il en a déjà fermé un a la rentrée dernière et depuis des années s’arrange pour faire fuir les élèves d’un autre (voir cette déclaration syndicale). Les noms d’autres établissements circulent déjà, mais les parents se mobilisent.

- A Caen, c’est pas les vacances, mais les parents d’élèves occupent jour et nuit un établissement promis aussi à la fermeture par le CG (UDI). Voir la dépêche AFP.

Une façon aussi d’organiser le marché du privé. Pendant ce temps là les enfants des élites politiques sont bien planqués (en prépa ou ailleurs).


* V. Peillon, champion olympique du ballon d’essai ?

C’est l’affaire de la semaine : Et si on faisait le gel des avancements ?
Aussitôt dit par V. Peillon, aussitôt démenti par le ministère.

Ce sont Les Echos qui ont sorti l’affaire (et les propos) dans un article, mercredi. Il a fallu peu de temps pour voir un communiqué du ministère disant que non, bien sûr...

Mais voilà que dès le lendemain, France info en remet une couche et Les Echos en actualisant leur article maintient l’information. Et Peillon de préciser aux journalistes qui l’écoutent :
"la poli­tique, c'est du cou­rage. Moi, j'ai un mil­lion de fonc­tion­naires sous mes ordres, je pren­drai mes res­pon­sa­bi­li­tés". "il fau­drait que ça s'applique à l'ensemble des fonc­tion­naires" (sources)
Peillon se fiche de notre gueule courageusement !

Fioraso, elle au moins, n’en est plus là. Elle le dit franchement : « Il faut enseigner l’entrepreneuriat dès la maternelle ». Et elle le dit devant les caméras en plus. : voir ici.

Il y a visiblement concurrence pour l’obtention de la médaille d’or...


* Discours chinois sur le genre, pas très éloigné de certains propos hexagonaux...

La virilité des petits Chinois est menacée.

Le corps enseignant compte trop de femmes, estiment les politiciens de Nankin. Cet “excès d’institutrices” est un danger pour les élèves. non ce ne sont pas les propos d’un professeur au collège de France, mais bien celui des autorités de la ville de Nankin.

A lire sur
Le courrier international :
Sauvez les garçons : halte à la féminisation !
“Les garçons apprennent à penser selon une perspective féminine parce qu’il y a beaucoup trop de femmes dans les écoles primaires. Mais les hommes sont appelés à porter plus de responsabilités que les femmes dans la société”,

Et pour en finir une bonne fois avec la connerie, le Canard Enchainé publie une pleine (demie) page où l'on découvre que les livres d'Histoire utilisent Louis XIV pour faire passer la "théorie" du genre (la preuve: il portait une robe quand il était petit et des talons hauts quand il était grand) et que Bled veut apprendre des cochonneries grammaticales aux enfants, comme l'accord en genre et en nombre des adjectifs...

Voir ici en ligne
Comments

Avortons (en tout genre)

* Echauffement néo-fasciste ?

Manif anti-avortement, "Jour de colère" , "journée de retrait des écoles"...
Ce n'était que de l'échauffement ; du moins, c'est ce que veulent croire les plus ultras !

Ainsi, le journal pour ados cathos Actuailes, créé par des militaires idéologiquement proches du Printemps Français, ( voir ici) s'enthousiasme-t-il en perspective des nouvelles manifestations organisées par La Manif Pour Tous le 2 février.
Après s'être félicité du "succès" de la  manif favorable à l'interdiction de l'avortement, après avoir applaudi au "succès inattendu" de la manif "jour de colère" dont une grande partie de la presse souligne les débordements racistes et antisémites, le journal Actuailes, soutenu par
l'Institut catholique traditionaliste Ichtus (voir en bas de page) qui selon le Monde exerçait aussi son influence sur le Printemps Français, informe ainsi ses jeunes lecteurs de la renaissance de La Manif Pour Tous au nom de la lutte contre la supposée "théorie" du genre (qui n'a jamais existé)...

"La Manif pour Tous (LMPT) avait organisé l'an dernier les plus grandes manifestations de ces 30 dernières années afin de s'opposer au mariage entre personnes de même sexe. Alors que les fondements de la famille semblent menacés, en particulier par la théorie du genre (voir Actuailes n°6 ), LMPT ne lâche rien et appelle à redescendre dans les rues à Lyon et à Paris le dimanche 2 février. »source



* L’égérie anti-genre, une pro de l’école hors contrat.

Selon Le Monde, "la Fondation d'Anne Coffinier se verrait bien siphonner une partie" des militants de la Manif Pour Tous, d'où peut-être l'attention toute particulière manifestée par sa patronne pour les questions de genre lors du rassemblement LMPT de la mi-septembre au Parc floral du bois de Vincennes. Anne Coffinier y était tellement en forme qu'elle y a même gagné le surnom de nouvelle "égérie anti-genre" (après Frigide Barjot et Béatrice Bourges)...

Suscitant l'enthousiasme et l'admiration de ses nouvelles ouailles, celle qui est
habituée à pourfendre l'école publique y a notamment déclaré: "Nous accordions une confiance spéciale à l'école, mais "l'affaire du gender" nous a montré qu'il y avait matière à droit d'inventaire".

Mais en attendant et compte tenu de la tournure des événements, Anne coffinier a
supprimé une de ses deux pages de propagande/désinformation sur la théorie du genre '(des fois que la propagation de rumeurs créant un trouble à l'ordre public tomberait sous le coup de la loi...).

Mais le cache de google les garde...


* FN partout. Et il a même ses préférences syndicales…

Voici une étude d’Harris, à partir des votes de 2012, qui est assez intéressante. Les tendances révélées par celle-ci montrent que la proximité syndicale constitue il est vrai un antidote au vote Front national. Marine Le Pen réalise des scores en dessous de sa moyenne nationale, et plutôt faibles parmi les deux grandes confédérations.
Cependant, non seulement le vote FN se retrouve partout, mais parfois il est loin d’être négligeable (FO, UNSA, CFTC...).

Vote au premier tour de la présidentielle 2012 en fonction de la proximité syndicale:

syndicat FN

On comprend mieux pourquoi certains n’en font pas beaucoup dans la lutte contre l’extrême droite...


* Solution(s) contre le racisme (et contre la connerie aussi).

Gustave Parking.

Comments