Vive le monologue social!

Ne nous y Fillon pas...

L'imparfait du supplétif

 

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Décembre 2004

Loi d'orientation: à boire et à manger pour mieux la faire avaler

Ce texte est un fourre-trou

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Éducafillon:
comment nous brouiller l'écoute?

    Décidément, il y en a pour tout le monde dans ce nouveau projet de loi. Une fois encore la méthode Fillon fait des ravages. Soyons clair: l'éducation, on s'en moque un peu. La charge qu'a reçue Fillon est de mettre en application des orientations européennes tant sur les moyens (réduction des déficits budgetaires), sur les outils (ouvrir l'école au juteux marché de l'éducation), que sur les finalités (de mêmes compétences de Nicosie à Reykjavik [1]). Objectif: pas de vagues, donc on accorde à tout le monde un coin de ses revendications.

Panier garni

    Aux plus intransigeants: retour du redoublement (encore un blabla de ministre qui va très vite chiffrer le prix d'une année supplémentaire et torpiller sa propre suggestion - note du ouèbemestre); aux plus éducatifs: les aides personnalisées; aux plus carriéristes: un conseil pédagogique; aux moins carriéristes: la liberté pédagogique; aux parents: des profs qui remplacent leurs collègues et des "remédiations" miracles; aux syndicats: le retour dans le débat, pas de remise en cause des statuts, assurance sur des recrutements minima;la société des agrégés, on n'en dit mot; ... et alii...

    Bon, dormez, braves gens, tout va mieux, et puis de quoi pouvez-vous vous plaindre désormais? On peut pas avoir l'École dont on rêve perso mon pauvre monsieur, on ne lit pas tous le même journal. Voila en deux coups de cuiller à pot, et dans un habile lot de tombola, réglés les sérieux problèmes de l'agitation potentielle des profs, des réclamations des parents, des ambitions d'un état major qui, il faut croire, s'ennuie dans ses fonctions et développe un activisme redoutable, à coup sûr anti-éducatif.

Coups de "j'arnaque"

    Seulement, il n'y a même plus besoin de lire entre les lignes, d'anticiper un peu les perspectives pour subodorer les "coups" du type IDD/TPE-je-récupère-des-heures-sans-rien-dire.

    Car si on s'en tient au texte, en résumant :
- on rétablit la bivalence (le cheval de Troie sera la sixième) en peuplant les collèges de professeurs de lycée professionnel (et certainement par la suite en tarissant le recrutement des certifiés) ;
- on allonge le temps de travail, de 2 à 5 heures, en rendant obligatoire le remplacement des collègues et certainement aussi en imposant les heures de remédiations;
- on réduit la rémunération en payant toutes ces heures au rabais (taux HSE et non HSA, comme quoi on reconnaît qu'il va falloir faire de la garderie pendant toutes ces heures);
- on encadre tout ça par un dispositif d'autosurveillance étroit (de terreur à la note administrative diront les plus naïfs), par le biais de la future mais guère hypothétique contractualisation.

    Bref, on construit en trois bricolages un système à l'anglaise (les hauts salaires en moins), inégalitaire pour les élèves, esclavagiste pour les profs. Et j'ai entendu dire aujourd'hui "les profs sont vraiment négatifs: ils refusent toujours tout en bloc, comme si on n'avait le droit de toucher à rien!" Elle est conne et je bosse avec tous les jours.

DR    

[1] Sur ce point voir les propos instructifs de N. Guet, élue au bureau d'ESHA-Europe, dans "S'interroger sur le «how ?» et non sur le «what ?»", dans Le Monde. La lettre de l'éducation, suppl. au n° 466, nov. 2004. (Retour à l'article)


Débat de société:
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un grand moment de démocratie.
Merci à Lefred-Thouron, détourné du Canard Enchaîné.

Remplacement des profs absents
Les présents auront toujours tort

    Dans la loi d’orientation qui nous pend au nez comme une morve de saison, le serpent de merde réapparaît: le remplacement des profs absents par leurs collègues. Et pourquoi ce sujet est-il si irritant, si prurigineux pour un grand nombre d’entre nous? La réponse officielle, brutalement exprimée façon Allègre ou finement sous-entendue , est que nous sommes un ramassis de feignants assis sur de coupables droits acquis (oh les vilains mots en cette période où les acquis sociaux sont des freins à la croissance, le symbole des forces du mal, l’immobilisme contre la libre entreprise…) et surtout ennemis du bien des élèves – pardon, des “enfants” ou des “jeunes”.

Une prébende de cons

    Car, comme chacun sait, nous avons tous choisi ce métier comme la Zazie de Queneau: pour faire chier les gosses. Nous bâclons notre travail, que nous ne faisons que pour les honteuses vacances que nous volons. Nous n’avons qu’une ambition, atteindre la retraite après un maximum de congés de maladie. L’enseignement est une prébende de cons, quoi.    On agite le chiffon rouge des pratiques britanniques ou allemandes: remplacement du prof malade dans sa discipline, et hop! improvisez-vous prof d’histoire le lundi, de physique le mardi. Puis on prétend redevenir sérieux en proposant la solution qui apparaît comme un privilège: nous remplacerons dans notre “champ disciplinaire” (expression fourre-trou qui veut dire qu’un prof de maths pourra nuire en physique, ou un historien en lettres). Une heure est une heure, quel que soit le prof; l’essentiel c’est que les élèves aient un cours. Comment expliquer à des non-enseignants que prendre momentanément la suite d’un collègue n’a pas d’efficacité? Qu’une heure n’est pas une leçon autonome détachée des précédentes? Et surtout, comment le faire admettre à des interlocuteurs dont le souci est, pour les uns, de faire gober une réforme démagogique qui leur donne l’air de s’occuper d’éducation tout en masquant qu’ils ont eux-mêmes supprimé de fait le corps des remplaçants, et pour les autres de savoir leurs enfants gardés et pris en charge par un prof plus rassurant qu’une stérile salle de permanence pour laquelle on ne recrute plus de surveillants?

Le professeur, un intervenant interchangeable

    Ce qui hérisse les profs dans cette histoire de remplacement au pied levé, c’est la négation de la valeur de notre travail. Voilà l’ambition des missions qu’on nous propose: garder des élèves faute de surveillants; mal assurer des remplacements en plus de notre métier à temps plein, faute de remplaçants dont c’est la seule activité (tellement enviable que la plupart n’aspire qu’à rejoindre un vrai poste); meubler le moins mal possible, et pourquoi pas à plusieurs parallèlement (puisque les emplois du temps rendent impossible, sauf miracle, qu’un même prof puisse prendre toutes les heures d’une même classe) en attendant que revienne le prof de la classe. Lequel n’est donc qu’un intervenant interchangeable.

Le système au centre du système

    Qualité de l’enseignement? Pertinence des choix et des programmes? Questions à la con! Non non: une fois de plus on ne parle pas d’enseignement, on parle du système. Optimiser un fonctionnement en termes budgétaires, parvenir à une gestion du personnel efficace d’un point de vue comptable, tout en faisant des moulinets à coups de débats imbéciles et de faciles promesses séduisantes, telle est l’ambition que s’est fixée notre ministre. Et en cela il remplit la mission qu’on lui a confiée: étranger aux questions d’instruction publique, il est là pour sa compétence de spécialiste des PME et de ravageur du service public.

BB    

"Tout le monde est satisfait du miroir du débat, mais on ne fait pas une réforme avec 60 millions d'avis."

De quel esprit séditieux, gauchiste sans doute, contestataire à coup sûr, cette attaque (France Inter, 16-12-2004)?
De François Fillon, ministre (des Affaires sociales) du gouvernement organisateur de ce barnum.


Un "forfait" bien nommé
On supprime 4600 profs publics,
on offre 300 millions d'euros annuels au privé

DeBonCoeur.PCX (57536 octets)

Un amendement passé inaperçu dans la chaleur de l'été (49°3 à l'Assemblée): désormais, les communes devront verser le "forfait communal" (compris entre 800 et 1500 euros par an par élève) aussi pour les élèves qui quittent le secteur scolaire pour le privé. On subventionne la fuite. Un petit tiers des 900.000 élèves du privé sont dans ce cas. Du bon usage de l'argent public.


Accusé de mollesse, le ministre veut laisser son empreinte sur l'Éducafillon Nafillonale.t


Le choc des photos

Dans une Histoire de France illustrée (Hachette - Reader's Digest), une image explicite pour illustrer
"La Gaule":

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On craint le pire pour le chapitre
"l'habitat urbain".


Loi d'orientation:

la mission première de l'École «est de faire en sorte que tous les élèves maîtrisent les savoirs et les compétences jugés fondamentaux».

Jugés, et déjà condamnés.

 


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