.
16 décembre 2007

Esprit de défonce

.
     De plus en plus décomplexé, de plus en plus moderne, converti à l'économie de marché (que dis-je? à l'économie de jogging!), le Mammouth Déchaîné innove, le Mammouth Déchaîné délocalise! Nous sous-traitons pour la première fois notre production, et les deux articles ci-dessous sont le fruit d'une immigration bien choisie. Ils ont déjà été publiés sur le ouèbe, et nous espérons leur donner un nouvel écho avec l'accord de leurs auteurs.
     Entre culture de guerre et guère de culture, esprit de défense et entreprise de défonce, le Mammouth Déchaîné se sent tout soudain bien peu de choses...

Bientôt l'autonomie
des collèges et des lycées?

     La loi «Libertés et Responsabilités des Universités» (LRU), votée le 10 août 2007, sous couvert de conférer la sacro-sainte Autonomie aux Universités, prépare en réalité le démantèlement du service public d’enseignement supérieur. On sait l’ampleur du mouvement qu’elle a suscité et qui réclame son abrogation.

     Pendant ce temps, une commission se réunit dans les salons dorés de la République: la commission Pochard. Que prépare-t-elle? Rien de moins que l’«autonomie » des établissements scolaires.
     Officiellement, la commission est chargée de réfléchir sur le métier d’enseignant. Plus exactement, dans la lettre de mission envoyée le 20 septembre 2007 à Marcel Pochard, Conseiller d’Etat, Xavier Darcos explique : «Le Président de la République et le Premier Ministre m’ont demandé, dans la lettre de mission qu’ils m’ont adressée, de mener le chantier de la redéfinition de la condition enseignante et d’entreprendre une large concertation avec l’ensemble des acteurs de la communauté éducative et notamment, des représentants du monde enseignant. Ce processus, qui doit s’achever au printemps, se déroulera en deux temps: l’élaboration d’un état des lieux argumenté, sous formes d’un Livre Vert, puis celui de la proposition du gouvernement et de la négociation, sur le fondement d’un Livre Blanc». Mis à part les talents chromatiques cachés de Xavier Darcos, avouons que cela ne nous apprend pas grand-chose. Pour en savoir plus, mieux vaut directement lire la lettre de mission envoyée le 5 juillet 2007 par Nicolas Sarkozy et François Fillon à Xavier Darcos. En effet, les conclusions d’une commission ministérielle se trouvent souvent dans la lettre qui en est à l’origine…

     Nous allons voir qu’elle suit une logique en tous points identiques à celle mise en œuvre pour la LRU. Tout d’abord les deux premiers paragraphes sont communs à toutes les lettres de missions destinées aux différents ministres, y compris à Valérie Pécresse. Le résultat de l’élection présidentielle y est en quelque sorte présenté comme un référendum anticipé sur toutes les réformes présentes et à venir. Ensuite, le constat est semblable : l’échec en licence est remplacé par «les 20 % des élèves [qui] sortent du système scolaire sans qualification». Dans les deux lettres, une prétendue «bataille mondiale de l’intelligence» risquerait d’être perdue si tant pour nos établissements scolaires que pour nos Universités, l’objectif de gagner des places dans les tout puissants «classements internationaux» n’était pas rempli. Enfin, quelques citations nous montrent que les modalités sont les mêmes:

 autonomie: «vous donnerez d’abord à tous les établissements plus de souplesse et d’autonomie, en particulier dans le domaine budgétaire, pour leur permettre de mettre en œuvre, sous le contrôle bien sûr de l’autorité académique, un projet pédagogique qui leur soit propre»

 «orientation active» et mission d’insertion professionnelle: nous estimons que tous les élèves, dès la classe de cinquième, devraient suivre un parcours de découverte des différents métiers. Ce sera le rôle d’un nouveau service public de l’orientation, que vous mettrez en place, que d’organiser ce parcours et de donner à chaque famille et à chaque élève des informations pertinentes, fondées sur des évaluations précises et publiques, sur les différentes filières de l’enseignement supérieur et de l’enseignement technique et professionnel. La réussite scolaire, c’est que chaque enfant puisse s’orienter dans une voie qui corresponde à ses projets personnels, à ses talents, aux besoins du marché du travail

 chantage de l’évaluation: «Vous garantirez la liberté pédagogique des enseignants, en contrepartie de quoi vous les évaluerez plus régulièrement sur la base des progrès et des résultats de leurs élèves.», «une évaluation régulière des enseignants sur la base des progrès et des résultats de leurs élèves, et non pas sur les méthodes qu’ils utilisent», «une évaluation en profondeur des établissements, qui sera disponible pour les familles ; enfin, une évaluation indépendante et régulière de l’ensemble de notre système éducatif, afin que l’autorité politique puisse en permanence prendre les décisions nécessaires pour garantir la qualité de l’école et sa capacité à répondre aux obligations et aux attentes du monde contemporain»

 mise à mort des concours nationaux (CAPES, AGREG) et des statuts associés: «La formation des enseignants devra durer cinq ans et sera reconnue par un diplôme de niveau master»

 employer moins d’enseignants pour (peut-être) les payer plus, en individualisant les carrières : «Nous voulons également que la rémunération des enseignants corresponde mieux à l’importance de leur rôle pour la nation, à court terme en permettant aux enseignants qui veulent travailler plus pour gagner plus de le faire, à moyen terme en conciliant mieux l’évolution des effectifs et l’évolution des rémunérations. Nous souhaitons que le mérite soit reconnu, tant au niveau individuel que collectif. C’est possible tout en étant objectif. Il nous semble naturel que chaque enseignant puisse maîtriser, par son travail, l’évolution de sa carrière et de ses revenus en s’investissant comme il le souhaite dans son métier principal et dans des activités complémentaires. Les obligations de service des enseignants devront tenir compte de cette nouvelle liberté qui leur est offerte», «l’engagement présidentiel d’embaucher un fonctionnaire pour deux partant à la retraite»

     Il y a aussi des mesures plus spécifiques à l’enseignement scolaire, par exemple une sorte d’«enseigner moins pour apprendre plus » : le projet «pose la question de l’ampleur actuelle des programmes scolaires et de la surcharge horaire imposée aux enfants, dont les journées de travail sont parfois plus longues que celles de leurs parents. De fait, les enfants français ont des emplois du temps plus lourds que leurs homologues étrangers sans que cela se traduise par un niveau scolaire général sensiblement supérieur. Vous ouvrirez donc une réflexion sur la manière de réduire le volume horaire imposé aux enfants tout en valorisant les activités collectives et d’ouverture, et sans renoncer à nos exigences essentielles»

     Pour être honnête, reconnaissons que les membres de la commission peuvent avoir d’autres idées. Qui sont-ils? Parmi eux, on trouve, entre autres, un ancien premier ministre d’une autre majorité, deux professeurs de l’Enseignement Supérieur et deux directeurs de recherche. Comme membre de l’Education Nationale, seul un inspecteur général est présent; c’est normal, pour demander leur avis aux professeurs, la grande concertation suffira… En revanche siègent deux éminents experts: Foucauld Lestienne, directeur délégué des ressources humaines et des relations sociales du groupe La Poste, et Philippe Manière, directeur général de l’Institut Montaigne, présentateur de l’émission «les grands débats du mardi» sur B.F.M., éditorialiste au mensuel «Enjeux-Les Echos». Justement, l’Institut Montaigne, qui se définit comme un «think tank indépendant», a publié en novembre 2001 un rapport intitulé «Vers des établissements scolaires autonomes». On peut y lire : «Nous proposons de donner aux établissements publics ou privés, qui en feront la demande, les moyens de la plus large autonomie possible sans que pour autant l’éducation cesse d’être nationale:

 Que soit reconnue au chef d’établissement la possibilité d’orienter la politique de son école – dans le cadre du projet d’établissement – et d’avoir une réelle capacité de choix pour organiser les enseignements.
 Que l’enseignant puisse faire le choix de l’établissement auquel il souhaite collaborer en fonction des orientations pédagogiques de celui-ci.
 Qu’il y ait entre le chef d’établissement et l’enseignant un acte de cooptation et d’embauche, rompant avec la routine aveugle des carrières au barème.
 Que, dans un monde complexe et mouvant, l’initiative laissée aux établissements offre aux élèves une diversité de formations.»

ou encore:

 «Donner aux chefs d’établissement la possibilité de recruter leurs collaborateurs après appel de candidature ou candidatures spontanées, dans la mesure où les candidats sont habilités.
 Donner aux enseignants, d’abord mus par le goût de transmettre une culture, la possibilité de recevoir en des lieux divers une formation permanente qualifiante.
 Donner à des personnes compétentes engagées dans d’autres professions la possibilité d’être habilitées à enseigner.
 Accorder aux établissements une totale autonomie financière, en particulier dans la gestion de la masse salariale.
 Constituer des conseils d’administration et conseils stratégiques qui assistent la direction dans sa tâche et lient l’école à son environnement social, économique et culturel.
 Introduire dans les établissements une culture de l’évaluation et de la transparence.»

     On voit que la LRU et la future réforme des établissements scolaires s’inscrivent dans la même logique : appliquer des recettes manageriales en déréglementant le «marché du travail» des personnels, préparer le désengagement de l’Etat et mettre en concurrence les établissements.

     N’attendons pas les conclusions de la commission Pochard ! Dès maintenant, appelons nos collègues de l’enseignement scolaire et leurs organisations à rejoindre le mouvement contre la LRU !

Frédéric Caupin   
Maître de Conférences à l’Ecole Normale Supérieure

Article publié sur le site bellaciao.org/fr

Education à la défense:
une culture de guerre pour l'école

     Le protocole sur l’éducation à la défense signé le 31 janvier 2007 entre les ministres de la Défense, de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche, fait l’objet d’une circulaire sur les actions à mettre en place dans les établissements scolaires (BO n° 32 du 13 septembre 2007). Cette circulaire a de quoi faire naître de légitimes inquiétudes. Sans remonter à l’époque des bataillons scolaires qui, à la fin du 19e siècle, ont préparé toute une génération d’enfants à accepter le sacrifice de leur jeune existence dans les tranchées de la Première guerre mondiale, il faut rappeler que l’éducation à la défense, dans le sens où on l’entend aujourd’hui, remonte au début des années 1980, avec un premier protocole (1982) signé entre les ministères de la Défense et de l’Education nationale: «la notion de défense est indissociable en France de l’existence d’une communauté nationale façonnée par l’histoire, animée d’un véritable esprit de défense». L’armée charge donc l’éducation nationale de «développer l’esprit de défense» chez les élèves et l’Education nationale n’y trouve rien à redire. Jusqu’à présent, l’éducation à la défense était intégrée, en collège et lycée, aux programmes d’éducation civique. Les prescriptions officielles en seraient restées lettre morte si l’éducation civique n’était devenue matière obligatoire au DNB et c’est ainsi que l’on a vu, au cours des dernières années, les élèves de fin de troisième plancher – ou faire semblant – sur de naïfs et ridicules documents à forte teneur propagandiste, souvent fournis par le ministère de la Défense, censés montrer que «quand la défense avance, la paix progresse»(1). Les élèves n’étant évidemment pas autorisés à faire preuve d’esprit critique quant à la légèreté de cette assertion en faisant observer, par exemple, que les colossales dépenses militaires, les exportations d’armements ou la bombe atomique n’étaient peut-être pas de nature à faire progresser la paix.

     Mais c’est quelque chose d’entièrement nouveau et de très alarmant qui se met en place avec la circulaire du 13 septembre qui affirme d’emblée que «au collège et au lycée, l’ensemble des disciplines doit concourir à l’éducation de la défense». A partir de la présente rentrée, tout doit être mis en œuvre pour concourir à ce que les responsables appellent une «culture de défense». Depuis la formation des enseignants en IUFM jusqu’aux programmes scolaires, en passant par les enseignants-chercheurs des universités et les conseils de la vie lycéenne (CVL), l’option découverte professionnelle en classe de troisième, les travaux personnels encadrés (TPE), l’armée s’incruste dans l’ensemble des structures éducatives: «les formations de défense – est-il précisé – doivent trouver leur plein rôle dans la construction de la réflexion et de la culture des futurs responsables que forment les établissements d’enseignement supérieur». Les échanges avec les unités militaires, les visites de sites et d’installations militaires sont vivement encouragés. Il est même envisagé la «création d’un identifiant graphique», sans plus de précision; s’agit-il d’un fichage militaire de l’ensemble des élèves? Bien sûr, c’est la question des programmes scolaires qui suscite la plus vive appréhension puisque de nouveaux programmes doivent être définis par des «groupes spécialisés de réflexion» (sic) qui prendront en compte cette dimension militaire de l’enseignement. Un aperçu de ce que pourrait donner cette approche en histoire-géographie est donné par l’Inspection pédagogique de l’académie de Nantes qui, sur son site internet, suggère, de façon «indicative» – du moins jusqu’à présent, car dorénavant l’indicatif devient impératif – ce que pourrait être l’enseignement de l’histoire en collège, revisité par l’armée: ainsi, l’étude de la chrétienté occidentale (Xe-XVe siècles) en classe de cinquième devrait être l’occasion d’aborder le thème de la «Nation», la France de 1815 à 1915 (classe de quatrième), «le nationalisme et le patriotisme», et la Seconde guerre mondiale» (classe de troisième) devra mettre l’accent sur «la drôle de guerre, la débâcle, la résistance», thèmes dont l’importance n’échappe à personne en comparaison de la shoah. Comme on le voit, avec l’esprit de défense, les élèves de cinquième n’ont pas à connaître la sauvagerie et l’intolérance des chevaliers des Croisades, ceux de quatrième n’iront pas s’égarer dans la brutalité des guerres coloniales, quant aux élèves de troisième, on leur épargnera les guerres de décolonisation. L’esprit de défense risquerait fort de ne pas sortir intact de tous ces épisodes et de beaucoup d’autres du même genre que les élèves n’ont pas à connaître, parce que, décidément, dans l’histoire, l’armée n’a joué que très rarement le rôle qu’elle prétend s’attribuer. Ainsi, après plusieurs années d’ «éducation à la défense», les élèves quitteront le lycée sans avoir conscience que la vocation de l’armée, dans l’histoire comme de nos jours, consiste fondamentalement à faire la guerre. Il est curieux d’ailleurs, de constater que, dans tout cet attirail règlementaire autour de l’esprit de défense, le mot «guerre» ne soit jamais évoqué, pas davantage non plus que celui d’ «armée». Sous le terme de «défense globale», confondant les missions strictement militaires avec, notamment, celles de la protection civile, on se livre en réalité à un dangereux amalgame visant à placer sur un même registre la fonction d’un Canadair et celle d’un Rafale chargé de missiles nucléaires.

     Derrière l’éducation à la défense, derrière l’objectif tout prosaïque et clairement affiché par le protocole du 31 janvier 2007 «de répondre aux besoins de recrutement de l’armée», se profile à nouveau une tentative d’instrumentalisation de l’histoire. Après la Marseillaise obligatoire à l’école primaire, après l’amendement avorté sur les aspects positifs de la colonisation, après la lettre de Guy Môquet, l’enseignement de l’histoire se trouve malmené, menacé, cette fois-ci, de l’intérieur, par une simple ciculaire administrative qui n’a fait l’objet d’aucun débat public. Avec une certaine indécence, on n’hésite pas à manipuler le socle commun de connaissances et de compétences ajouté par le législateur à la loi d’orientation sur l’école, les instigateurs de l’esprit de défense allant jusqu’à prétendre que «l’éducation à la défense (...) figure dans le socle commun (...) au titre de trois piliers: la culture humaniste, la compétence sociale et civique et le développement de l’autonomie et de l’initiative». Ce qui est triplement faux: non seulement, le socle ne dit pas un mot de l’esprit de défense, mais les valeurs qu’il semble, au moins officiellement, promouvoir sont à mille lieues de cette culture de guerre à laquelle on voudrait soumettre l’école. On y lit en effet que «maîtriser le socle commun (...), c’est être en mesure de comprendre les grands défis de l’humanité, la diversité des cultures et l’universalité des droits de l’homme, la nécessité du développement et les exigences de la protection de la planète». C’est aussi «être capable de jugement et d’esprit critique». (JO, 12 juillet 2006). Avec l’éducation à la défense, lorsque Bugeaud enfumait les Arabes dans des grottes ou lorsque des paras torturaient en Algérie, les élèves finiront par croire qu’ils faisaient acte d’humanisme.

Lubin     
http://journaldecole.canalblog.com/  

(1) Académie de Nantes, DNB, juin 2006
(2) http://www.pedagogie.ac-nantes.fr/
http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/06/05/index.html
http://journaldecole.canalblog.com/archives/2006/07/31/index.html

Le Mammouth n'hésite pas à se mouiller!

Le Mammouth se déchaîne stéréo

Notre rubrique Allegria

D'un ponte de l'UMP,
à propos de ministrables:

«Claude Allègre?
Pourquoi pas?
Il est populaire dans notre électorat.
»


On se demande bien pourquoi...

Revalorisation de la profession :
on ne toucherait pas au statut 
:

label et le Pochard?


Laporte franchit le rugby con:

On abrutit
[les enfants] par des
cours à n'en
plus finir.

Et pendant ce temps...

... d'autres n'en finissent pas de courir comme des abrutis...

Selon Santini, sous-Ministre de la Fonction publique,
" l'État ne choisit pas les fonctionnaires".
Le Mammouth Déchaîné, toujours prêt à instruire les cancres, invite l'ignorant à consulter fonction-publique.fr, site de son propre ministère, pour y découvrir le mode de recrutement de ses fonctionnaires.

Il faudrait créer un réseau Santinelle pour détecter les conneries


Si c'est lui-même qui le dit...

Pour ceux qui ne suivent pas:
le Copé d'Honneur de Santini.


Où leur a-t-on mis la sonde?
(suite)

Mai 2007
52% votent Sarko.

Août 2007
61% des sondés
sont contre "le non-remplacement de plus de 22000 fonctionnaires partant à la retraite".

(La formulation était pourtant bien crémeuse; "la suppression de plus de 22000 postes de fonctionnaires" aurait dit les chose plus clairement!).

.

Auto promo: cliquez ici

Le Mammouth Déchaîné
sponsorise ses amis musiciens

Cliquez-leur donc sur l'image