....

École de bûcheron : réalités finlandaises

  Publié précédemment dans le Blog à part, Complément de Sévices du Mammouth Déchaîné.
...
...

    On va vous dire que la Finlande, voilà un vrai pays où l'éducation sait se tenir, c'est autre chose que notre armée rouge de l'Éducation nationale (remarquez, il s'agit souvent de l'argument du prof de droite, du supérieur qui plus est, le gars qui sait de quoi il cause, quoi). Est-ce si sûr ? A voir. Darcos, encore il y a peu, y a mené de savantes observations. Était-ce bien utile ? 

    Voyons, voyons. En fouillant un peu (2' 15 sur google) on trouve un fort instructif rapport d'un inspecteur général, Rémy Jost, qui a effectué une mission en Finlande, voilà plus de 2 ans et que tout le monde semble ignorer. Je vous le conseille, il est là en pdf.

    Vous y apprendrez comment un pays de 5,2 millions d'habitants (soit moins que la population scolaire française), sans immigration et culturellement très homogène, arrive à faire apprendre avec succès une langue qui s'écrit comme elle se prononce, donc sans quasiment de fautes d'orthographe. Mieux encore vous y apprécierez tout le mérite des élèves finlandais qui travaillent en mathématiques, par exemple, sur des exercices qui ressemblent comme deux gouttes d'eau aux tests PISA, et cela depuis l'âge de 7 (avant ils sont à la garderie).

En Finlande, on bûche mieux?

    Vous comprendrez pourquoi des élèves qui sont rarement plus de 20 par classe (et souvent même que 12), qui ont leur matériel pris en charge par les établissements scolaires, et qui bénéficient d'une cantine gratuite, semblent apprécier largement le collège unique instauré en 1970, où ils suivent des cours de 45 minutes entrecoupés chacun de 15 minutes de pause et ce avant 13 heures, heure à laquelle ils sont libérés (et le samedi est libre). Il doivent y supporter cependant l'impossibilité du redoublement. Cruel sacrifice ! 
    Pire, vous envisagerez leur angoisse quotidienne de ne pas avoir de notes (aucune pendant les trois premières années d'école).

    Enfin, vous apprécierez à sa juste mesure la motivation des enseignants, payés 2000 € en début de carrière et plus de 4000 après 10 ans de service, qui ne connaissent pas l'inspection (supprimée en 1970) et qui bénéficient de salles des professeurs très confortables dans lesquelles ils ne viennent pas corriger leurs copies puisqu'ils n'en ont qu'exceptionnellement (quatre ou cinq devoirs surveillés sont organisés dans chaque discipline par année). Vous comprendrez les problèmes didactiques insondables qu'ils ont pour tenir le rythme cours magistral / exercices.

    Sans doute faut-il souligner l'angoisse du représentant syndical
de l'unique syndicatavec lequel l'État est tenu de négocier toute réforme ou régulation.
    Vous y remarquerez encore la qualité des programmes, basés sur aucune référence universitaire et conçus pour être pragmatiques, utiles
"pour la vie", à tel point que par exemple le théorème de Pythagore est énoncé sans explication, seules les applications intéressent (la démonstration, éventuellement, n’est qu’entrevue à l’aide d’un puzzle). Avec soulagement vous comprendrez que toutes les disciplines contribuent à un sentiment national fort, à l’esprit de groupe, au sens des responsabilités.

David Rivaud