Vive le monologue social!

Ne nous y Fillon pas...

L'imparfait du supplétif

 

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Juin 2004

Le Mammouth décharné

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     Il y a quatre ans (et quatre ministres), à la naissance du Mammouth Déchaîné, nous avions l'ambition de parler d'instruction publique parce que nous trouvions que l'École ne faisait pas assez l'école. Aujourd'hui, c'est à croire qu'on veut qu'elle ne fasse plus rien du tout.

Destruction publique

     Les mauvais esprits qui n'ont pas confiance dans l'esprit de réforme, nouveau concept sacré de la bonne raffarance (note du traducteur: la raffarance est à la politique ce que la gouvernance est à la langue française: une déviance), brandissent le spectre de l'ultra-libéralisme négligeant l'Éduc'Nat au profit de l'entreprise privée. Les plus chagrins avancent même que le but de la politique actuelle est de saccager le service public pour devoir un jour constater qu'il n'y a plus rien à en tirer, et, en rougissant peut-être un peu pour la forme, réaliser le rêve médéfien d'une instruction privée intégrée à l'économie de marché.

Instruction publique privée de tout

     Ces mal-pensants – dont nous sommes – doivent bien convenir que les apparences y sont. Alors que l'on nous annonce que la "fuite" vers les établissements privés a fait un bond récemment (la faute à tous ces feignants de grévistes!), on procède à un bombardement au napalm sur les effectifs de professeurs. Non content de laminer le plan pluriannuel de recrutement arraché à Djack pour faire face aux massifs départs en retraite imminents, on réduit encore en cours d'année les postes mis aux concours; et tant mieux si les candidats ayant découvert en cours de préparation que leurs espoirs étaient brutalement divisés par deux renoncent à la carrière: une pénurie de candidats ne serait pas pour déplaire.
     Comment réagiront les parents bercés par le clientélisme né des lois de Jospin (du temps où il faisait ses conneries à l'Éduc'Nat) lorsqu'ils découvriront que leurs gosses, plus nombreux dans les classes, privés de remplaçants, parfois pris en charge par deux profs pour une discipline, confrontés aux mêmes programmes avec moins d'heures de français, de math, d'histoire, de langues, moins encadrés dans les couloirs ou la cour, bref moins instruits et moins en sécurité, sont les victimes de l'opération?

Maman, j'ai rétréci l'école

     C'est le célèbre "Coup du Medef": on refuse de payer sa part à l'Unedic, puis on hurle que les caisses sont vides; on fout en l'air le paritarisme de la Sécu et on dit qu'elle est mal gérée, on l'appauvrit et on crie à la gabegie; on diminue les impôts (5%, ce n'est rien pour nous, mais pour les gros revenus, c'est très chouette!) et les prélèvements, et on pleurniche de devoir diminuer les dépenses.
     On bousille l'école publique pour pouvoir la montrer du doigt. Car le système de rêve d'un libéral, c'est le tout-privé tout-concurrentiel. Tout doit rapporter. Pour que ça rapporte, il faut payer. Et les pauvres, alors? Rassurez-vous, nous serons là pour eux. Pour enseigner à des classes entières de défavorisés, et pour payer pour eux les services "externalisés". L'enseignement à plusieurs vitesses: horaires à la discrétion des boîtes privés, horaires minimum pour les autres; matériel et locaux en fonction des moyens des familles et des partenariats avec les entreprises pour les uns, en fonction de moyens publics réduits pour les autres.
     Ce n'est pas une boîte de vitesses, c'est un dérailleur qu'on nous prépare.

BB  


Enseignement général:
de profundis
(en bon français: bien profond)

     Première mesure du ministère du vacataire Fillon, l'annonce d'un projet du prédécesseur: à partir de la rentrée 2004, les (ou des?) élèves de Troisième pratiqueront une forme de mini-alternance par des séjours en Lycée professionnel, et/ou en entreprise. Et les enseignements devront s'articuler autour si l'on ne veut pas que l'année scolaire soit un gruyère. Et c'est considéré comme une option (on y évaluera quoi? Mystère...). Et ça tombe comme un cheveu sur la soupe. Et ça fait plaisir à Monsieur Medef.

Des pains et des jeux

"Pendant que les Français seront devant leur télé à regarder du football, la réforme sera plus facile à faire passer."
De Néron-Raffarin à ses ministres,
à propos de la Sécu.
(Cafté par le Canard Enchaîné du 2 juin.)

La démocratie, rien à foot.


Écarts de langage 

     L'Éducation Nationale n'a jamais autant fait pour la nation, pourrait-on croire. Et pourtant, dans les Grandes Écoles, qui furent en leur temps la voie royale de l'ascension sociale, on est passé de 29% d'étudiants issus de familles ouvrières à 8%.
     Certes, les classes ouvrières sont proportionnellement moins importantes dans la population qu'il y a cinquante ans. Certes, l'atmosphère d'une cité HLM de 50000 habitants frappés par le chômage depuis trente ans est plus corrosive que celle d'un coron. Certes, le sauvageonnisme n'est pas harmonieusement réparti dans les couches de la société.
     Mais ce qui a le plus changé dans l'école, c'est le français. De refonte en rabotage, en trente ans nos élèves ont perdu l'équivalent d'une année de cours de français en primaire, et une autre en secondaire. Et la perte est particulièrement lourde dans l'acquisition des "outils" de base: grammaire, orthographe, bref la langue bien lue, bien parlée, bien comprise. Quel meilleur instrument d'égalisation sociale a notre société? L'accès à l'égalité des chances est un leurre sans les armes égales de la même langue pour tous, qu'elle soit naturelle dans une famille instruite, ou toute entière construite à l'école de la république.

BB    

     D'autres le disent mieux que nous, données à l'appui. Ça s'appelle Sauver les Lettres, et c'est .


Privilèges honteux

Trois mois de vacances,
neuf mois de vacation

     L'exemple vient d'en haut. Fillon, ministre vacataire, sera le plus gros employeur d'intérimaires de France.
     Pour compléter les effectifs de profs décimés, recours systématique aux vacataires. Ce ne sont pas des profs: à raison de même pas 200 heures par an, ça s'appelle un job d'appoint; ou alors il faut un deuxième revenu. Il n'y a aucun espoir d'intégration à la fonction. Pas de droits sociaux, ni congés de maladie, ni congés payés, les vacataires sont des journaliers payés à la tâche. Aucune vérification possible des compétences, il faut compter sur la chance, et aussi (heureusement) sur le dévouement de gens traités comme des exploités de sweat-shops.
     C'est là toute l'ambition de l'État français pour l'Éducation nationale.

     Une Mammoutte nous relate son paradis vacataire.

Les fiches Brevet du Mammouth Déchaîné
Fiche n° 129:
Résistance et libération


Nouveaux programmes de Physique:
Archimède appliqué aux réformes

Tout corps plongé dans un liquide vit aux dépens de celui qui l'égoutte.
(Piqué à notre pote Manuel)


Le Dir'Com' et la chair fraîche, suite:
Raffarin a remplacé Ambiel par Bonnemain.
C'est un vœu pieu?

BB


Seillière met la main sur les éditions scolaires Nathan, Bordas, etc.
Lui qui trouve les manuels scolaires "trop marxistes", il va y mettre un ordre nouveau.
Merci à Cabu (Le Canard Enchaîné)


Bonnemain nouveau dir'com' de Raff.
Sa spécialité, le bras de Boulogne?



Et l'argent du pot de beurre...
Merci à Cardon (Le Canard Enchaîné)


Après l'affaire Ambiel, il y avait le feu.
Plutôt qu'un pompier,
Bonnemain.

 

     

        


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