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Réformes (école, retraites, etc.) : les jeunes sont choyés

Par F.L.

Le Président et son gouvernement aiment les jeunes et font beaucoup pour eux :

Petit récapitulatif (non exhaustif) 

Naissance et petite enfance :

     La réforme des droits de succession décidée par Nicolas Sarkozy après son élection est d'une telle iniquité que même des pays comme les États-Unis, pourtant peu suspects d'antilibéralisme, n'ont jamais songé à une exonération quasiment totale de ces droits pour les plus riches : en effet, même les libéraux américains considèrent qu'il faut chercher à corriger un peu les inégalités sociales à la naissance et que le rôle de l'État est d'opérer une certaine redistribution des richesses afin d'éviter que seuls les bébés nés riches (et parfois immensément riches) restent riches alors que les bébés nés pauvres n'auraient pratiquement aucune chance de sortir de leur condition.

     Cela n'exclut pas une politique sociale : l'État tend en effet à favoriser la création de crèches en facilitant l'embauche de personnels moins qualifiés et en reculant l'âge d'entrée dans les écoles maternelles – au prix d'un surcoût financier pour les familles et les communes.

Ecole :

     Les conditions de travail dans les écoles se dégradent : alourdissement des effectifs, disparition des petites sections dans les maternelles, suppression des réseaux d'aide spécialisée aux élèves en difficulté dans les écoles primaires, suppression de la sectorisation avec pour corollaire, comme le souligne la Cour des Comptes 1 , la "ghettoïsation" des établissements scolaires dans les quartiers pauvres.
     Les pauvres n'avaient qu'à pas être pauvres et leurs gosses n'avaient qu'à bosser davantage s'ils voulaient s'en sortir. Bien fait pour eux ! Il faut en revenir aux vraies valeurs et récompenser le mérite : avec les internats d'excellence et les maisons de correction, pardon, les établissements de réinsertion éducative, c'est maintenant chose faite et le système va enfin tourner rond.

Emploi et retraite :

     Toujours pas d'embellie du côté de l'emploi des jeunes, mais ce n'est pas grave, puisque le gouvernement vient de trouver LA solution : si les jeunes n'ont pas de boulot et ne peuvent donc pas cotiser pour la retraite des vieux, les salariés n'ont qu'à partir à la retraite plus tard avec des pensions moindres.
     C'est le nouveau slogan : Travailler plus pour gagner moins! Et même, on ne le dit pas assez, beaucoup moins, puisque le Conseil d'Observation des retraites estime qu'en 2030 les retraites (si liquidées à taux plein sans décote) ne seront plus qu'équivalentes à 59% du salaire moyen net alors qu'elles étaient de 78% de ce salaire en 1993. A l'évidence, le gouvernement, qui ne peut ignorer ces chiffres, trompe les jeunes quand il prétend que cette réforme est faite pour eux, car loin de sauver le système par répartition constitutif de notre contrat social, il organise en fait son asphyxie et les salariés n'auront guère d'autres choix que de recourir à des retraites complémentaires par capitalisation pour essayer d'échapper à la pauvreté promise à la grande majorité des futurs retraités. On s'en réjouit d'ailleurs dans un certain microcosme financier parisien proche du pouvoir où l'on a bien compris que l'économie repose en grande partie sur le principe très simple des vases communicants : la pauvreté des uns fait la richesse des autres.
     C'est ainsi, comme le signale le journal Médiapart 2, que lors d'un conseil d'administration de la Caisse Nationale de Prévoyance (CNP), le 27 mars 2009, Gérard Ménéroud déclarait : Le système de retraite évolue assez profondément. Les taux futurs de remplacement des systèmes par répartition sont estimés à 50%. Pour compenser, les retraités pourront puiser sur leurs réserves d'épargne ou transformer leur résidence principale en rente viagère selon une mécanique qui reste à mettre en œuvre. Non seulement on organise des réformes des retraites qui appauvrissent la population de retraités, mais en plus on lorgne sur leur patrimoine et l'on réfléchit au moyen de les en spolier et de priver ainsi d'héritage les jeunes issus des classes moyennes 3!

     Là encore, le gouvernement et le président ne peuvent ignorer ces projets puisqu'ils émanent de cercles qui leur sont proches : c'est ainsi que doit se constituer en janvier prochain, nous révèle le journal Médiapart 4, une structure qui ambitionne de devenir un acteur majeur dans la gestion des retraites complémentaires privées (un fonds de pension à la française) : il s'agit d'un partenariat entre la Caisse Nationale de Prévoyance, la Caisse des Dépôts et Consignations (le bras "armé" financier de l'Etat) et une compagnie d'assurance privée gérée par... Guillaume Sarkozy.

Cimetière :

     Rien n'est encore prévu pour surtaxer les pierres tombales de ceux qui disposeraient encore d'un petit patrimoine lors de leur décès, car ce patrimoine risque de ne pas être très important et il sera de toutes façons toujours possible de négocier des prêts bancaires aux familles.

     Cela dit, ce n'est pas une raison pour avoir des idées noires; restons confiants dans les lendemains qui chantent et déclarons bien haut avec Siné : “Mourir avant la retraite, plutôt crever ! ”

F.L.     

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1 cf. Rapport de la Cour des Comptes du 5 novembre 2009.

Un rapport de l'Inspection Générale de l'Éducation Nationale d'octobre 2007, interdit de publication par le ministre de l'Education Nationale de l'époque, Xavier Darcos, mettait aussi en garde contre le risque de renforcer les ghettos

2 http://www.mediapart.fr/journal/france/121010/retraite-la-joint-venture-des-freres-sarkozy-contre-les-regimes-par-repartitio

3 Il faudra à cet égard être particulièrement attentif à la grande réforme de la fiscalité et du patrimoine que le gouvernement a l'intention de mettre en œuvre avant 2012.

4 Voir note 2: même référence.

Le marché pourrait représenter 40 à 100 milliards d'euros.

Un résumé de l'article de Médiapart ici:

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/social/20101014.OBS1278/guillaume-sarkozy-futur-beneficiaire-de-la-reforme-des-retraites.html

Et pour plus d'informations sur le sujet, on pourra également se reporter à la page suivante:

http://www.politis.fr/Sevriena-l-entreprise-sarkozyste,11865.html