Poesie sur le chien


Le Mammouth Déchaîné vous propose des poèmes autour des chiens pour apprendre à mieux les connaîtres et à mieux les respecter. Découvrez nos merveilleux poèmes qui nous changent un peu des assurances pour animaux.

Le vieux et son chien

S’il était le plus laid
De tous les chiens du monde,
Je l’aimerais encore
A cause de ses yeux.

Si j’étais le plus laid
De tous les vieux du monde,
L’amour luirait encore
Dans le fond de ses yeux.

Et nous serions tous deux,
Lui si laid, moi si vieux,
Un peu moins seuls au monde
A cause de ses yeux.

Pierre Menanteau
( Ce que m’a dit l’alouette )

L’enfant et le chien

Un enfant seul,
Tout seul avec en main
Une belle tranche de pain.
Un enfant seul,
Avec un chien
Qui le regarde comme un dieu
Qui tiendrait dans sa main,
La clé du paradis des chiens.

Un enfant seul
Qui mord dans sa tranche de pain,
Et que le monde entier
Observe pour le voir donner
Avec simplicité,
Alors qu’il a très faim,
La moitié de son pain
Bien beurré à son chien.

de Maurice Carême

Le petit chien

Je suis un petit chien.
Mon poil ne sert à rien
Qu’à salir les bas blancs
Que je heurte en jouant.
Je suis un petit chien
Et je ne garde rien,
Pas même un bout de miche
Dans un coin de ma niche.

Je suis un peu voleur,
Mais bien moins que le chat.
Bien mieux que lui d’ailleurs,
Je sais prendre les rats.

J’aboie longtemps sur tout,
Je pleurniche pour rien.
Je ne suis, voyez-vous,
Qu’un chien, un petit chien.

de Maurice Carême

Le Loup et le Chien

Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.

Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.

Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.

« Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin.  »

Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
– Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse.  »

Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
– Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
– Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
– Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.  »

Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

de Jean de la Fontaine

Le petit chien

Il était triste le petit chien
Assis tout seul dans le chemin.
Il regardait les gens passer
Et ses yeux étaient mouillés.
Oh, bien sûr on le caressait
En passant…mais on repartait,
Et jamais on ne demandait
Au petit chien du chemin …

La cause de son chagrin.

Il était triste le petit chien
Abandonné dans ce chemin
Par d’innommables vacanciers
Partis Dieu sait vers quelle contrée !

Il était triste le petit chien.
Alors, je me suis approchée,
J’ai pris sa tête entre mes mains
Et je l’ai consolé.

On a parlé longtemps tous les deux :
Lui, avec ses yeux,
Moi, avec mes mains
Qui le caressaient.

Je lui ai demandé
S’il voulait être mon petit chien.
Il m’a léché la main,
Il a remué la queue.

Et on est repartis tous les deux,
Par le grand chemin,
Moi et mon petit chien.

de Nandy

La puce

Une puce prit le chien
Pour aller à la ville.
Au hameau voisin,
A la station du marronnier,
Elle descendit.

– Vos papiers, dit l’âne
Coiffé d’un képi.
– Je n’en ai pas.
– Alors que faites-vous ici ?
– Je suis infirmière
Et fais des piqûres à domicile.

Mon ami à quatre pattes

Mon chien s’en est allé à l’aurore d’un jour
Vers le lieu mystérieux d’où l’on ne revient pas.
C’était mon compagnon, mon ami de toujours
Et comme les humains il connut le trépas.

La maison désormais se retrouve sans lui.
Il repose en forêt sous les feuilles jaunies.
Plus jamais son accueil, son regard tendre et doux
Ses jappements de joie, son amour un peu fou !

Je garderai toujours le souvenir ému
De cet ami charmant et à jamais perdu.
Et je comprends très bien que l’on aime son chien
Quand beaucoup d’hommes hélas ! ne valent presque rien.

de Christian Chabellard

Chien-chien à sa mémère

Qu’est-ce que c’est ?
Qu’est-ce qu’on me met ?
De quoi j’ai l’air ?
Un bonnet,
Un manteau en mohair,
Des gants
À mes pattes de devant,
Des genouillères
Et des chaussons
À celles de derrière.

Non mais !
Quelle idée
Vous avez,
Vous les mémères
À chien-chien !

C’est peut-être l’hiver,
Mais je n’ai pas froid !
Je me porte bien.
J’ai mes poils à moi.
Alors s’il vous plaît,
Laissez mon derrière
À l’air !

de Jean-Pierre Andrevon

La brebis et le chien

La brebis et le chien, de tous les temps amis,
Se racontaient un jour leur vie infortunée.

– Ah ! disait la brebis, je pleure et je frémis
Quand je songe aux malheurs de notre destinée.

Toi, l’esclave de l’homme, adorant des ingrats,
Toujours soumis, tendre et fidèle,
Tu reçois, pour prix de ton zèle,
Des coups et souvent le trépas.

Moi, qui tous les ans les habille,
Qui leur donne du lait, et qui fume leurs champs,
Je vois chaque matin quelqu’un de ma famille
Assassiné par ces méchants.

Leurs confrères, les loups, dévorent ce qu’il reste.
Victimes de ces inhumains,
Travailler pour eux seuls, et mourir par leurs mains,
Voilà notre destin funeste !

– Il est vrai, dit le chien, mais crois-tu plus heureux
Les auteurs de notre misère ?
Va, ma soeur, il vaut encore mieux
Souffrir le mal que de le faire.

Fable de Jean-Pierre Claris de Florian

Le petit chien de Madeleine Reynaud

Je suis un petit chien
Mais j’ai déjà quinze ans.
Si je présente bien,
Mon âge, je le sens.

Mon cœur est fatigué,
J’ai des douleurs partout,
Ma vue a bien baissé,
Je n’entends plus du tout.

J’aimais bien la montagne
Quand j’étais casse cou.
Le vertige me gagne,
Je fatigue beaucoup.

Je vais plus doucement
Et je marche très peu.
Je dors bien plus longtemps,
J’ai caché tous mes jeux.

Quand une chienne passe,
Je redeviens fringant,
Je fais preuve d’audace,
Je me sens élégant.

Mais dès qu’elle est partie,
Je retrouve mon âge
Et mon dos s’arrondit :
Ce n’était qu’un mirage.

Mes maîtres m’aiment autant
Que quand j’étais petit.
Ils me disent souvent
Que j’ai changé leur vie.

La mienne aura été
Faite de grandes joies,
J’aurai été choyé,
J’aurai été un roi.

Quand il faudra partir,
Je ne gémirai pas.
Je voudrais m’endormir
Blotti entre leurs bras.

Le Chien et le Chat

Un chien, vendu par son maître,
Brisa sa chaîne, et revint
Au logis qui le vit naître.

Jugez de ce qu’il devint
Lorsque, pour prix de son zèle,
Il fut, de cette maison,
Reconduit par le bâton
Vers sa demeure nouvelle.

Un vieux chat, son compagnon,
Voyant sa surprise extrême,
En passant lui dit ce mot :
– Tu croyais donc, pauvre sot,
Que c’est pour nous qu’on nous aime !

de Jean-Pierre Claris de Florian

L’Ecureuil, le Chien et le Renard

Un gentil écureuil était le camarade,
Le tendre ami d’un beau danois.
Un jour qu’ ils voyageaient comme Oreste et Pylade,
La nuit les surprit dans un bois.

En ce lieu point d’ auberge ; ils eurent de la peine
À trouver où se bien coucher.
Enfin le chien se mit dans le creux d’ un vieux chêne,
Et l’ écureuil plus haut grimpa pour se nicher.

Vers minuit, c’est l’ heure des crimes,
Longtemps après que nos amis
En se disant bonsoir se furent endormis,
Voici qu’un vieux renard affamé de victimes
Arrive au pied de l’ arbre, et, levant le museau,
Voit l’ écureuil sur un rameau.

Il le mange des yeux, humecte de sa langue
Ses lèvres qui, de sang, brûlent de s’abreuver ;
Mais jusqu’ à l’ écureuil il ne peut arriver :
Il faut donc par une harangue
L’engager à descendre ; et voici son discours :

Ami, pardonnez, je vous prie,
Si, de votre sommeil, j’ose troubler le cours,
Mais le pieux transport dont mon âme est remplie
Ne peut se contenir ; je suis votre cousin germain.
Votre mère était soeur de feu mon digne père.

Cet honnête homme, hélas ! à son heure dernière,
M’a tant recommandé de chercher son neveu
Pour lui donner moitié du peu
Qu’ il m’a laissé de bien !

Venez donc, mon cher frère,
Venez, par un embrassement,
Combler le doux plaisir que mon ame ressent.
Si je pouvois monter jusqu’aux lieux où vous êtes,
Oh ! J’y serais déjà, soyez-en bien certain.

Les écureuils ne sont pas bêtes,
Et le mien était fort malin ;
Il reconnaît le patelin,
Et répond d’un ton doux : je meurs d’ impatience
De vous embrasser, mon cousin ;

Je descends : mais, pour mieux lier la connaissance,
Je veux vous présenter mon plus fidèle ami,
Un parent qui prit soin de nourrir mon enfance…
Il dort dans ce trou-là : frappez un peu ; je pense
Que vous serez charmé de le connaître aussi.

Aussitôt maître renard frappe,
Croyant en manger deux. Mais le fidèle chien
S’élance de l’ arbre, le happe,
Et vous l’étrangle bel et bien.

Ceci prouve deux points : d’abord, qu’ il est utile
Dans la douce amitié de placer son bonheur,
Puis, qu’avec de l’ esprit il est souvent facile,
Au piège qu’il nous tend, de surprendre un trompeur.

de Jean-Pierre Claris de Florian

Le Chien coupable

Mon frère, sais-tu la nouvelle ?
Mouflar, le bon Mouflar, de nos chiens, le modèle,
Si redouté des loups, si soumis au berger,
Mouflar vient, dit-on, de manger
Le petit agneau noir, puis la brebis sa mère,
Et puis sur le berger s’est jeté furieux.
– Serait-il vrai ? – Très vrai, mon frère.
– À qui donc se fier, grands dieux ! »

C’est ainsi que parlaient deux moutons dans la plaine.
Et la nouvelle était certaine.
Mouflar, sur le fait même, pris,
N’ attendait plus que le supplice ;
Et le fermier voulait qu’une prompte justice
Effrayât les chiens du pays.

La procédure en un jour est finie.
Mille témoins pour un, déposent l’attentat.
Récolés, confrontés, aucun d’eux ne varie :
Mouflar est convaincu du triple assassinat.

Mouflar recevra donc deux balles dans la tête
Sur le lieu même du délit.
À son supplice qui s’ apprête,
Toute la ferme se rendit.

Les agneaux de Mouflar demandèrent la grâce.
Ele fut refusée. On leur fit prendre place.
Les chiens se rangèrent près d’eux,
Tristes, humiliés, mornes, l’oreille basse,
Plaignant, sans l’excuser, leur frère malheureux.

Tout le monde attendait dans un profond silence.
Mouflar paraît bientôt, conduit par deux pasteurs :
Il arrive ; et, levant au ciel ses yeux en pleurs,
Il harangue ainsi l’ assistance :

« ô vous, qu’en ce moment je n’ose et je ne puis
Nommer comme autrefois, mes frères, mes amis,
Témoins de mon heure dernière,
Voyez où peut conduire un coupable désir !
De la vertu, quinze ans j’ai suivi la carrière.
Un faux pas m’en a fait sortir.

Apprenez mes forfaits. Au lever de l’aurore,
Seul, auprès du grand bois, je gardais le troupeau.
Un loup vient, emporte un agneau,
Et tout en fuyant le dévore.
Je cours, j’atteins le loup, qui, laissant son festin,
Vient m’ attaquer : je le terrasse,
Et je l’étrangle sur la place.

C’était bien jusque là : mais, pressé par la faim,
De l’agneau dévoré, je regarde le reste,
J’hésite, je balance… à la fin, cependant,
J’y porte une coupable dent :
Voilà de mes malheurs l’origine funeste.

La brebis vient dans cet instant,
Elle jette des cris de mère….
La tête m’a tourné, j’ai craint que la brebis
Ne m’accusât d’avoir assassiné son fils.
Et, pour la forcer à se taire,
Je l’égorge dans ma colère.

Le berger accourait armé de son bâton.
N’espérant plus aucun pardon,
Je me jette sur lui : mais bientôt on m’ enchaîne,
Et me voici prêt à subir
De mes crimes, la juste peine.

Apprenez tous du moins, en me voyant mourir,
Que la plus légère injustice,
Aux forfaits les plus grands peut conduire d’abord ;
Et que, dans le chemin du vice,
On est au fond du précipice,
Dès qu’on met un pied sur le bord. »

de Jean-Pierre Claris de Florian